Après Goze Hotaru et son héroïne malvoyante, cette nouvelle lecture place à son tour une jeune fille en situation de handicap au cœur d’un récit initiatique. Le rapprochement s’arrête évidemment là : les deux œuvres ne parlent ni du même handicap ni de la même époque. Elles partagent toutefois une idée forte, celle que l’obstacle le plus difficile à surmonter ne vient pas toujours du handicap lui-même, mais du regard que la société pose sur lui.
Yuki est une orpheline sourde de 13 ans, destinée à prendre un jour la tête de son village. Cette perspective est cependant loin de rassurer tous ses habitants. Pour les plus superstitieux, son handicap serait une malédiction liée au Hakutaku, une créature légendaire accusée de provoquer les catastrophes qui frappent la région. Isolée par ces croyances, Yuki finit par s’aventurer dans la forêt et rencontre celui que tout le monde présente comme un démon.
Le livre se distingue immédiatement par son format, plus grand et plus généreux que celui d’un manga traditionnel. C’est un vrai plaisir à la prise en main, mais surtout un choix particulièrement adapté au dessin en couleur d’Alba Cardona. Ses paysages enneigés, ses créatures et ses personnages expressifs disposent de suffisamment d’espace pour respirer. La couleur facilite également l’entrée dans cet univers, avec une palette douce qui rend l’ensemble très accueillant.
Le véritable monstre n’habite pas la forêt
Derrière son aventure fantastique, La Légende de Hakutaku parle avant tout de différence, d’exclusion et de peur de l’autre. Yuki est jugée avant même de pouvoir faire ses preuves, tandis que la créature est condamnée sur la base de récits transmis par les adultes. Leur rencontre permet naturellement de remettre en question les certitudes du village.

Le propos est clair, parfois même un peu trop. Destiné notamment à un jeune lectorat, le récit avance sans détour et laisse peu de place à l’ambiguïté. Les personnages hostiles à Yuki incarnent rapidement les préjugés qu’ils doivent représenter, au risque de manquer de nuances. Cette simplicité permet néanmoins à l’histoire de rester parfaitement lisible et d’aborder le handicap sans réduire son héroïne à celui-ci. Yuki doute et souffre du regard des autres, mais elle demeure surtout courageuse, curieuse et capable de prendre ses propres décisions.
Une aventure complète et lumineuse
Alba Cardona accorde une place importante aux visages et aux regards. Ses personnages occupent souvent une grande partie des cases, ce qui donne beaucoup d’impact à leurs émotions. Dans un récit porté par une héroïne sourde, cette communication visuelle prend une importance particulière. Le dessin épuré et les couleurs pastel donnent une vraie personnalité au livre, tandis que les apparitions fantastiques apportent le supplément de merveilleux attendu.
L’histoire complète tient dans ce volume et son rythme ne laisse guère de temps mort. Ce format resserré oblige toutefois certaines relations et certains conflits à évoluer rapidement. Quelques pages supplémentaires auraient permis de développer davantage le village, ses croyances et la relation qui se noue autour du Hakutaku.


La Légende de Hakutaku reste une très jolie découverte, aussi agréable à lire qu’à manipuler. Son message n’est pas particulièrement subtil, mais il est porté avec suffisamment de sincérité, de douceur et de talent graphique pour toucher sa cible. Une aventure jeunesse accessible qui rappelle que les monstres les plus dangereux sont parfois ceux que la peur invente collectivement.
Merci aux éditions Jungle pour l’envoi du livre !






















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