Vider la maison ou l’appartement d’un proche disparu est une expérience étrange. Chaque objet pose la même question, à la fois simple et impossible : faut-il le garder, le donner ou le jeter ? À la mort de sa grand-mère Gisela, Astrid Goldsmith se retrouve précisément face à ce dilemme. Accompagnée de son père, elle doit trier les possessions familiales et rapatrier en Angleterre celles qui semblent mériter une nouvelle vie. Une tâche matérielle qui devient rapidement un voyage beaucoup plus intime.
Le point de départ du Vase de cristal m’a immédiatement ramené au moment où nous avons vidé la maison de ma propre grand-mère. Mon histoire n’a rien à voir avec celle racontée ici, mais la mécanique émotionnelle est familière. Un objet qui paraissait insignifiant quelques jours auparavant devient soudain le dépositaire d’un souvenir, d’une habitude ou d’une personne que l’on n’est pas encore prêt à laisser partir.
Des cartons remplis d’histoire
Dans ce récit autobiographique, les affaires de Gisela ouvrent progressivement les portes d’une histoire familiale marquée par l’exil, les silences et la Shoah. Astrid Goldsmith remonte plusieurs générations et reconstitue les trajectoires de ses proches à travers l’Europe. Le vase évoqué par le titre n’est ainsi qu’une pièce parmi d’autres d’un immense puzzle familial, mais il concentre parfaitement les questions de transmission qui traversent l’album.

Malgré la gravité de son sujet, la bande dessinée ne cherche pas à nous assommer. Le récit reste vivant, accessible et même régulièrement traversé par un humour discret. L’autrice raconte les réactions parfois contradictoires provoquées par le deuil, notamment cet attachement presque absurde que l’on peut développer pour des objets dont personne ne voulait auparavant. La construction en plusieurs étapes accompagne intelligemment ce cheminement, du choc initial vers une forme d’acceptation.
Une mémoire mise en images
L’objet lui-même est particulièrement réussi. Le livre est beau, généreux et donne immédiatement envie d’être feuilleté. Le dessin d’Astrid Goldsmith possède une lisibilité remarquable, tout en laissant suffisamment de place aux détails et aux changements d’époque. Son trait expressif et ses couleurs chaleureuses empêchent le récit de devenir froidement documentaire.

Cette richesse peut néanmoins donner une impression de densité, surtout lorsque les générations et les déplacements géographiques se multiplient. Il faut parfois ralentir pour bien rattacher un visage ou un événement à la bonne branche familiale. Ce léger effort est toutefois cohérent avec le propos : reconstituer une famille, c’est rarement ouvrir un dossier parfaitement classé.
Le Vase de cristal est une œuvre intime qui parvient à toucher à quelque chose d’universel. Derrière l’histoire singulière d’Astrid Goldsmith, le livre parle de ce que nous héritons, de ce que nous choisissons de transmettre et de tout ce qui risque de disparaître lorsque le dernier témoin n’est plus là. Une lecture émouvante, mais jamais inutilement larmoyante.
Merci aux éditions Steinkis pour l’envoi du livre !






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