Il y a certains pans de son passé qu’on aimerait pouvoir garder secrets. Pour certains, ce sont des événements obscurs, un crime, un adultère, des trahisons. Pour moi, ma face sombre, c’est Éric et Ramzy et le culte que je leur vouais étant plus jeune. La Tour Montparnasse Infernale est longtemps restée mon film préféré, j’ai vu leurs spectacles des dizaines de fois et assisté à un nombre probablement déraisonnable d’avant-premières. Alors forcément, retrouver Steak en Blu-ray dans la nouvelle collection STUDIOCANAL × Première, ça remue quelques souvenirs. Pas tous glorieux.
Un sacré malentendu
Sorti en 2007, Steak nous embarque dans un futur alors lointain : 2016. Blaise retrouve son ami Georges après plusieurs années d’internement et découvre une jeunesse obsédée par le lifting. Pour être cool, il faut intégrer les Chivers, porter un blouson rouge et boire du lait. Dit comme ça, on pourrait croire à un délire classique du duo. Sauf qu’aux commandes, il y a Quentin Dupieux, également connu sous le nom de Mr. Oizo.
On retrouve déjà son goût pour les situations absurdes, les dialogues décalés et les silences qui mettent mal à l’aise. Éric Judor et Ramzy Bedia jouent pleinement le jeu, dans un univers dont les personnages acceptent les règles les plus débiles avec un sérieux désarmant. Un goût du grand n’importe quoi qu’Éric Judor cultive aussi dans Guacamole Vaudou, son roman-photo avec Fabcaro, où il faut également accepter de laisser sa logique au vestiaire.
Personnellement, le film m’avait fait un effet bizarre. Certains passages m’avaient fait mourir de rire, mais j’étais ressorti globalement déçu. Entre deux énormités, le rythme et cette froideur me laissaient sur le bord de la route. Quand on vient chercher une nouvelle Tour Montparnasse, le choc est assez rude.
Et je n’étais visiblement pas seul : environ 291 000 spectateurs en France, très loin des précédents succès du tandem. La presse s’était divisée, entre rejet et défense enthousiaste. Dupieux lui-même a pointé une promotion trompeuse, qui vendait une nouvelle comédie d’Éric et Ramzy sans vraiment préparer à son atmosphère. Son arrivée dans cette collection patrimoniale surprend donc, mais elle a du sens : un film peut avoir raté son rendez-vous avec le public et mériter qu’on y revienne.
Une édition pour prolonger le débat
Associant STUDIOCANAL au magazine Première, cette nouvelle collection revisite le catalogue avec un accompagnement éditorial. Pour Steak, cela passe notamment par un livret de douze pages et « Contrechamp », une analyse du film par Première d’une dizaine de minutes. Sur le papier, c’est précisément l’approche intéressante pour une œuvre qui a autant déconcerté.
Le programme comprend aussi dix-huit minutes de scènes coupées, un bêtisier de dix minutes, une interview d’Éric et Ramzy de onze minutes et deux bandes-annonces. Environ cinquante-trois minutes de suppléments : une proposition assez généreuse pour prolonger ces retrouvailles. Le film est proposé avec des pistes françaises DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0.
Cette édition ne suffit évidemment pas à effacer mes réserves. Steak reste associé, pour moi, à quelques gros fous rires et à une vraie frustration. Mais entre son univers singulier et cet accompagnement, voilà une occasion de lui laisser une deuxième chance. Avec un verre de lait, tant qu’à faire.


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