Il y a des jeux dont on entend tellement parler qu’on finit par se demander s’ils méritent vraiment tout ce bruit. Sorti durant l’été 2026, Athlètes de Compète fait partie de ces phénomènes qui ont rapidement déchaîné les passions, jusqu’à devenir difficile à trouver en boutique. Nous avons finalement profité d’un récent réassort pour découvrir ce jeu signé IELLO. Et après plusieurs parties en famille, une chose est certaine : nous comprenons beaucoup mieux cet engouement !
Imaginé à l’origine par Takashi Ishida, puis revisité par Richard Garfield, notamment connu pour King of Tokyo, Athlètes de Compète repose sur un principe presque enfantin : lancer un dé et faire avancer son personnage sur une piste. Sauf qu’ici, chaque athlète possède un pouvoir particulier susceptible de bouleverser complètement le déroulement de la course.
Chaque joueur compose une équipe de quatre athlètes, qu’il devra répartir sur les quatre courses constituant une partie. Et avec 36 personnages différents, autant dire que les possibilités sont particulièrement nombreuses !
Des athlètes complètement barrés, mais sacrément attachants
Difficile de ne pas tomber sous le charme du travail d’Angela Kirkwood, dont les illustrations donnent une personnalité incroyable à cette galerie de sportifs improbables. Chaque personnage possède son petit caractère, son design rigolo et surtout une capacité qui lui est propre. Certains perturbent leurs adversaires, d’autres profitent de leurs déplacements, tandis que quelques-uns peuvent littéralement retourner une course en quelques instants.
Le matériel participe largement au plaisir. Les pions en bois sont particulièrement réussis, agréables à manipuler et suffisamment expressifs pour donner vie au plateau. Mention spéciale à Gros Bébé, un athlète tellement énorme qu’il occupe pratiquement toute sa case à lui seul. Et ce n’est pas seulement une fantaisie esthétique : son pouvoir empêche justement les autres personnages de partager sa case, les obligeant à rester derrière lui. Difficile de faire plus cohérent !
Mais derrière cette apparente simplicité se cache une mécanique beaucoup plus maligne qu’il n’y paraît. Prenons La Banane, qui fait trébucher les adversaires suffisamment téméraires pour la dépasser. Ou encore Sac-à-Puces, qui avance d’une case chaque fois que le pouvoir d’un autre athlète se déclenche. Individuellement, ces capacités sont faciles à comprendre. C’est lorsqu’elles commencent à interagir que les choses deviennent délicieusement chaotiques.


Imaginez une course dans laquelle La Banane ralentit régulièrement ses concurrents pendant que Sac-à-Puces profite des différents pouvoirs qui s’activent pour grignoter du terrain. Ajoutez Gros Bébé, qui perturbe le placement des athlètes autour de lui, et vous obtenez une piste où les positions évoluent parfois bien au-delà du simple résultat des dés. Une capacité peut avantager directement un adversaire, déclencher une réaction inattendue ou transformer une situation apparemment désespérée en opportunité.
Et toute la subtilité réside justement dans ces interactions. On ne réfléchit pas seulement à son propre personnage, mais également à ce que les autres peuvent nous apporter, volontairement ou non. Certaines associations sont particulièrement avantageuses, d’autres franchement catastrophiques. Il arrive même qu’un pouvoir supposé bénéfique finisse par nous desservir !
Les premières parties demandent donc un petit temps d’adaptation. On consulte souvent les cartes, on découvre les capacités au fur et à mesure et on se retrouve parfois à débattre de l’ordre dans lequel certains effets doivent s’appliquer. Avec 36 athlètes et autant de possibilités de combinaisons, il faut accepter de ne pas tout maîtriser immédiatement. Cela peut ralentir un peu le rythme au départ, particulièrement avec des joueurs qui découvrent le jeu.
Mais quel régal ensuite, lorsqu’on commence à connaître les personnages, à anticiper leurs réactions et à identifier les synergies possibles ! Le hasard reste évidemment très présent, mais il s’accompagne d’une véritable réflexion sur le choix de ses athlètes, leur ordre d’utilisation et les opportunités offertes par les pouvoirs adverses.
Quatre manches pour semer un joyeux bazar !
Une partie se dispute en quatre courses successives, avec des récompenses de plus en plus importantes. Il faut donc réfléchir à la répartition de ses meilleurs athlètes, sans pour autant négliger les premières manches. Et c’est probablement l’une des plus grandes forces d’Athlètes de Compète : personne n’est véritablement à l’abri, même avec une avance confortable.
Nous en avons fait l’expérience lors d’une partie familiale mémorable. Mon père, pourtant à la traîne, a sorti B.O.U.C.H.E. pour la dernière manche. Résultat : son personnage a littéralement dévoré ses concurrents, jusqu’à lui offrir une victoire aussi improbable qu’hilarante. Le genre de retournement de situation qui provoque quelques protestations autour de la table, mais surtout un immense fou rire !
Cette imprévisibilité fait évidemment partie du charme du jeu, même si elle constitue également sa principale limite. Les joueurs qui aiment maîtriser leur stratégie de bout en bout risquent de grincer des dents devant certains enchaînements incontrôlables. Un excellent plan peut s’effondrer sur un lancer de dé ou une interaction inattendue. Il faut accepter de perdre parfois sans avoir commis la moindre erreur.

Nous avons également constaté que le nombre de participants influence sensiblement le plaisir de jeu. À deux joueurs, la formule fonctionne, grâce à une règle spécifique permettant à chacun de contrôler deux athlètes par course, mais elle perd une partie de son intérêt. Les situations semblent moins spontanées et le chaos un peu trop maîtrisable à notre goût. À partir de trois joueurs, en revanche, le jeu commence véritablement à révéler son potentiel. Et plus les participants sont nombreux, plus les capacités s’entrecroisent, les retournements de situation se multiplient et les courses deviennent imprévisibles. Autrement dit, plus il y a de monde autour de la table, plus c’est le dawa. Et c’est précisément ce qu’on vient chercher !
De notre côté, l’expérience a été un véritable succès intergénérationnel. Mes parents, qui ont la soixantaine, ont adoré. Mon fils Noah, 6 ans, s’est montré particulièrement investi, passant un temps fou à comprendre les capacités de chaque athlète et à imaginer leurs interactions. Le jeu parvient ainsi à réunir des profils très différents sans que les plus jeunes aient le sentiment de participer à une version simplifiée réservée aux enfants.
Avec ses personnages attachants, son matériel soigné et son incroyable variété de situations, Athlètes de Compète réussit un joli tour de force : transformer un simple jeu de course en une succession de moments mémorables. Il demande un peu de patience pour apprivoiser ses nombreux pouvoirs et une bonne dose de lâcher-prise face au hasard, mais une fois la mécanique comprise, difficile de résister à l’envie de relancer une partie.
Un immense coup de cœur familial, qui nous a offert quelques-uns de nos meilleurs fous rires autour d’un plateau cette année. À condition de réunir suffisamment de joueurs et d’accepter que la victoire puisse nous échapper de la manière la plus absurde qui soit, Athlètes de Compète est une belle démonstration qu’un jeu n’a pas besoin de règles compliquées pour proposer une profondeur et une rejouabilité remarquables.


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