Monter Les Noces de Figaro demande déjà un peu d’organisation. Ajoutez une accusation d’agression sexuelle, des désaccords entre générations et une troupe dans laquelle chacun a quelque chose à dire : les répétitions prennent rapidement une autre tournure. Avec L’Objet du délit, Agnès Jaoui retrouve la comédie chorale et les conversations qui révèlent bien plus que ce que leurs participants avaient prévu de raconter. Mozart fournit la musique ; pour les fausses notes humaines, la troupe se débrouille très bien toute seule.
Une troupe solide, une satire parfois trop appuyée
Du Goût des autres à Comme une image, Agnès Jaoui a souvent observé les milieux artistiques, leurs petites hiérarchies et leurs grandes contradictions. Le décor de l’opéra lui offre ici un terrain particulièrement riche : tout le monde doit travailler ensemble, alors même que les certitudes et les sensibilités s’entrechoquent.
Le casting constitue l’un des principaux attraits du film. Jaoui trouve naturellement sa place dans cet ensemble, tandis que Daniel Auteuil apporte une belle ambiguïté à son chef d’orchestre, inquiet de voir le passé rattraper le présent. On le retrouve dans un contexte bien différent de celui d’Entre Amis, dont nous avions parlé sur Conso-Mag. Eye Haïdara, déjà remarquée dans Le Sens de la fête, donne aussi une présence bienvenue à cette troupe agitée.
Le film fonctionne lorsqu’il laisse les échanges révéler les contradictions de chacun. Il convainc moins lorsque les personnages semblent surtout chargés de représenter une position dans le débat. Certaines plaisanteries insistent, les oppositions deviennent trop schématiques et les deux heures treize se font parfois sentir. À vouloir faire circuler tous les points de vue, la comédie perd un peu de sa précision. Les acteurs et le cadre musical lui permettent néanmoins de conserver de vrais moments de plaisir.
Trois entretiens pour accompagner le Blu-ray
Disponible depuis le 30 septembre chez Studiocanal, le Blu-ray propose le film en français, une audiodescription et des sous-titres pour sourds et malentendants.
Les suppléments réunissent un entretien d’Agnès Jaoui avec Antoine de Caunes, une interview de la réalisatrice et une interview de Daniel Auteuil. Toutefois, cela représente seulement dix-huit minutes au total : un accompagnement appréciable, même si l’ensemble reste court.
Sur un film aussi porté par son écriture et ses interprètes, le choix des entretiens paraît pertinent. On aurait cependant aimé un complément plus développé sur la préparation des séquences d’opéra et le travail collectif de la troupe.
L’Objet du délit ne retrouve pas constamment la finesse des meilleurs films de Jaoui. Il garde toutefois un casting attachant, le plaisir des échanges et un cadre qui change des comédies françaises habituelles. Une proposition imparfaite, mais suffisamment vivante pour alimenter la discussion une fois le disque rangé.
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