Proposer le premier rôle de son prochain film à sa fille, c’est une jolie attention. Quand on ne l’a pas vue depuis treize ans, c’est aussi une façon assez particulière de reprendre contact. Voilà le point de départ de L’Être aimé, dans lequel Rodrigo Sorogoyen organise les retrouvailles d’un réalisateur célèbre et d’une jeune comédienne qui aurait probablement préféré avoir un père avant d’avoir un metteur en scène. Ambiance détendue sur le plateau.
Un sacré duo, quelques comptes à régler
Après As Bestas et El Reino, Sorogoyen déplace sa tension vers un terrain plus intime. Les blessures familiales remplacent les affrontements politiques ou les conflits de voisinage, mais les rapports de pouvoir restent au centre du jeu. Esteban dirige son équipe, son film et, tant qu’à faire, aimerait bien reprendre la main sur sa relation avec Emilia. Sauf qu’une fille ne se dirige pas entre deux prises.
Javier Bardem est évidemment un gros morceau. Son charisme donne du poids à cet homme capable d’occuper toute la place, y compris lorsqu’il essaie de se montrer attentionné. Mais la bonne surprise vient aussi de Victoria Luengo, qui lui oppose une présence tout aussi solide. Leur relation fonctionne particulièrement bien dans les hésitations, les regards et les conversations qui dérapent presque malgré eux.
Le film est moins convaincant lorsqu’il souligne trop ses intentions. Les changements de format et les passages en noir et blanc participent à la mise en scène, mais peuvent aussi donner l’impression d’un dispositif un peu démonstratif. Heureusement, les deux interprètes ramènent régulièrement l’ensemble vers quelque chose de plus simple et de plus touchant.
Cette circulation entre création et vie personnelle pourra d’ailleurs parler à ceux qui avaient apprécié les jeux entre scène et coulisses de Asteroid City, dont nous parlions ici. Même si, chez Sorogoyen, les couleurs ne suffisent pas à adoucir les relations.
Un Blu-ray qui prolonge la rencontre
Disponible depuis le 20 octobre chez Le Pacte, l’édition Blu-ray accompagne le film de sa conférence de presse au Festival de Cannes 2026. Un choix cohérent pour une œuvre qui donne autant de place au travail des acteurs et aux relations entre un cinéaste et ses interprètes.
On aurait volontiers accueilli un making-of consacré au tournage ou un commentaire audio. Le programme annoncé reste donc mesuré, avec un supplément collectif plutôt qu’une exploration complète de la fabrication du film.
L’Être aimé mérite surtout le détour pour son duo central et cette question qui traverse les retrouvailles : une opportunité professionnelle peut-elle réparer une absence personnelle ? Le film prend parfois un peu trop soin de montrer son talent, mais Bardem et Luengo lui donnent suffisamment de chair pour que la rencontre vaille largement le déplacement.







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