Il n’y a pas si longtemps, le studio français Arkada nous est arrivé avec un jeu ambitieux et bien décidé à dépoussiérer le sacro-saint dungeon crawler classique : Erune. Dans une optique moderniste et résolument tournée vers l’avenir, la petite équipe de frenchies nous a donc conviés à explorer de fétides donjons armés…de notre téléphone (et ouf, d’une grosse hache quand même).

Vous devez bien vous rendre à l’évidence : ce que vous espériez n’être qu’une rumeur inspirée par la crainte est bel et bien réel. Le mal est de retour et les hordes de monstres qui déferlent sur la lande depuis quelques lunes et terrorisent la population en sont la meilleure preuve. Vous le sentez, tapi dans les ténèbres, un Maître des Ombres tire les ficelles de ce désastre annoncé. Guidé par l’Esprit d’Erune, la gardienne omnisciente et impartiale de ce monde, vous décidez de prendre les armes et de faire appel à la magie ancestrale pour repousser cette armée maudite.

Superbe donjon remis au goût du jour. Pas de vis-à-vis. Monstres dans la cave. Faire offre.

Avant d’entrer dans le vif du sujet (et dans le cœur du donjon), arrêtons-nous un instant sur ce qui saute d’emblée aux yeux : le côté absolument superbe d’Erune (surtout dans sa version héroïque). Le jeu a en effet bénéficié d’une direction artistique très soignée et le matériel (qui déborde littéralement de la boîte) est tout simplement d’excellente qualité. De l’épaisseur des tuiles à l’aspect des cartes en passant par la finition des nombreuses figurines et du mobilier, tout a été pensé pour que l’effet ‘waouw’ soit immédiat. Et ça marche. A peine la boîte ouverte (et même avant pour être honnête), l’envie de se lancer dans une partie est irrépressible.  

HeroQuest s’offre une virée dans le futur

Ça c’était pour le décorum et quant au jeu en lui-même, nous pourrions dire qu’Erune est un dungeon crawler au sens le plus pur du terme. Il comporte des missions à remplir, de sordides donjons à explorer, des hordes de monstres à combattre et bien sûr de nombreux trésors et artefacts à découvrir. Le jeu d’Arkada Studio coche donc toutes les cases de ce que doit être un (bon) dungeon crawler. Et pourtant, il est aussi plus que cela. Il est, n’ayons pas peur de le dire, une belle tentative de faire basculer le genre dans une autre dimension, une dimension bien plus moderne.

Et pour cause, sous ses dehors assez classiques, Erune introduit la technologie au cœur des caves infestées de gobelins, de rats, d’orcs et autres gargouilles. Jouer à Erune nécessite en effet de recourir à une application qui, bien plus que les accompagner, rythmera vos quêtes. Mais avant de développer ce point, penchons-nous un peu sur le fonctionnement du jeu en lui-même.

Pourfendeurs d’orcs, à vos téléphones !

Dans son format classique, Erune se joue en one vs all. Il faut comprendre par là qu’un joueur incarnera le Maître des Ombres tandis que les autres endosseront le rôle des Aventuriers bien décidés à contrecarrer ses plans diaboliques. Lors de chaque partie, et au travers d’une campagne pour le moins épique, les joueurs se frotteront à une quête. De la crypte d’Orival aux Ruines de Régor en passant par la Forêt de Kilkomann, les joueurs chercheront à atteindre l’objectif fixé tandis que le Maître des Ombres tentera d’utiliser son cheptel de créatures pour les blesser (voire plus si affinités). Jusque là rien de très nouveau mais la grande originalité est que, comme vous l’avez déjà compris, c’est l’Esprit d’Erune (sous la forme d’une application) qui va gérer la partie.

Bien sûr, les objectifs sont connus à l’avance et le Maître des Ombres a une vue complète de son donjon mais pour le reste, lui comme les aventuriers sont face à l’inconnu. C’est d’ailleurs l’application qui se chargera de la mise en ambiance initiale de la quête et qui générera les différents événements qui ponctueront la partie comme les trésors ou autres diableries que les aventuriers trouveront quand ils fouilleront une armoire, un tonneau ou un coffre.

De Siri à Morgan Freeman…

Ce recours à la technologie est un parti pris osé et d’aucuns (les plus chafouins) la jugeront peut-être trop présente. Ce n’est pas notre avis. Au contraire, nous pensons que l’application, dans le sens où elle a été pensée par les concepteurs du jeu, lui apporte beaucoup et notamment une superbe (et infinie) variété. En effet, si les quêtes ne changent pas, tout ce qui tourne autour est susceptible d’être modifié d’une partie à l’autre et l’ajout constant d’artefacts et d’événements par les équipes d’Arkada Studio sur le serveur d’Erune font que même après avoir poncé et reponcé les quêtes, nous pourrions tomber sur un objet inattendu comme sur un fait de jeu jamais vu. Un vrai vent de fraîcheur…

Alors bien sûr, tout n’est pas parfait. L’appli est perfectible et si les quêtes et les dialogues sont joués par de vrais acteurs (parmi lesquels les fans reconnaîtront la suavité de la voix française de Morgan Freeman), la partie est quant à elle rythmée par la voix synthétique de votre téléphone. Au début, ça surprend et dans les premières minutes de jeu, avouons même qu’on a craint le pire. Allait-on réussir à s’immerger dans la partie tandis que les événements de celle-ci nous semblaient dicter par l’assistant vocal auquel nous demandons parfois la météo du jour ? Eh bien oui, et même plus rapidement que nous ne l’aurions cru. Finalement, concentrés sur la quête, on s’attache beaucoup plus au contenu des informations qu’à la voix avec laquelle elles sont délivrées. A peine la première pièce fouillée et les premiers rats écrasés sous notre botte, nous nous étions affranchis de nos craintes…

En conclusion

Nous en sommes conscients, Erune n’est pas parfait. A certains moments, les règles manquent un peu de lisibilité et nous aurions apprécié que d’une partie à l’autre, l’appli puisse retenir le niveau, l’équipement et les différents talents choisis par les joueurs. Cela dit, il demeure un beau et bon jeu. Déjà rien que pour son matériel, le sortir est toujours un plaisir et si son approche du dungeon crawling aurait pu sembler un peu trop classique, l’apport de l’Esprit d’Erune lui offre ce surplus de nouveauté que nous espérions.

Au final, Erune fonctionne donc bien et même plus particulièrement avec les joueurs un peu plus jeunes, ceux qui n’ont pas déjà arpenté moult donjons et qui sont moins technologico-sceptiques que ne peuvent l’être les anciens. Ceux-là, c’est un fait, regardent Erune avec des yeux emplis d’amour.

Des tréfonds d’un donjon aux confins de l’espace

Et puisque nous vous parlons d’Arkada Studio, profitons-en pour évoquer leur nouveau (et très prometteur) projet : Spark Riders 3000. Actuellement en financement participatif sur Kickstarter (participez-y via ce lien), il s’agit d’un jeu qui vous glissera dans la combinaison d’un membre de l’équipage du vaisseau spatial Spark. Au menu : une intelligence artificielle de pointe, l’exploration des quatre coins de la galaxie et de multiples assauts aliens…

Erune, un jeu de Quentin Deleau, écrit par Quentin Deleau, Stéphane Torre et Charlotte Calle, illsytré par Raphaël Minette, Grégoire Laurent, Fanny Pastor Berlie, Logan Chaix, Chen Yang Hsu et Claire Farcis et édité par Arkada Studio.

Nombre de joueurs : 1 à 5

Âge : dès 14 ans

Durée moyenne d’une partie : 1h30 à 2h

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